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Inventaire général du patrimoine culturel en Picardie

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Le cimetière de la Madeleine (Amiens)

Mise en ligne du premier lot du recensement du cimetière de la Madeleine :

plaines A à K (emprise du cimetière 1817-1828), soit 531 dossiers.

Les plaines L à O (première extension du cimetière en 1828) et les plaines P et S (seconde extension en 1873), ainsi que trois dossiers de synthèse sur les monuments et le décor, seront mis en ligne en 2016.

Pour en savoir plus, voir le dossier de présentation ou les conditions d'enquête.

 

Lumière sur

Anciens moulins, puis scierie, devenue filature et tissage de jute Saint Frères à Berteaucourt-les-Dames, dit d'Harondel, puis usine de meubles Sièges de France

Les débuts de la vocation industrielle du site

Avant 1861, date d'implantation de la nouvelle filature de jute Saint Frères, deuxième unité de production de l'entreprise, le site d'Harondel possède déjà une vocation industrielle. Son existence est attestée au 13e siècle, date à laquelle Thomas de Saint-Valery donne une rente de trois muids de blé à l'abbaye de Berteaucourt. Au 17e siècle, le site, qui était devenu la propriété de Charles de Gonzague, est vendu à Henri Fleurton et Jean Guisain (acte du 14 novembre 1634), moyennant la somme de 120 000 livres. A l'époque, il est occupé par deux moulins hydrauliques établis sur la Nièvre. Sous la Révolution, ils sont confisqués à la famille de Hunolstein. Affermés dans un premier temps, les deux moulins sont finalement vendus en 1805 à Jeans-Baptiste Joseph Dhavernas, meunier, qui les revend deux ans après à Rémy Froment (acte de vente du 17 décembre 1807, devant Me Balledant, notaire à Pernois). Le plan cadastral de 1832 présente le plan masse des deux moulins se répondant en vis-à-vis ; l'un étant à blé, l'autre à huile. Les deux meuniers François et Médard Froment vendent le site en 1853 à François Moinet, associé d'Edouard Carette (acte de vente du 7 décembre 1853, devant Me Navarre, notaire à Amiens). À partir de cette date, le site, qui n'était composé que de deux modestes moulins, prend une dimension industrielle plus importante, avec l'installation d'une scierie et d'une filature de laine, qui complètent l'un des moulins à blé à quatre paires de meules, resté en place. La rupture de l'association entre les deux manufacturiers entraîne la faillite de François Moinet.

L'usine Saint Frères

Le site et le matériel en place, composé principalement de machines à carder et à filer, est alors acquis le 18 avril 1861 par la famille Saint qui y installe un tissage de jute complétant celui de Flixecourt. L'activité s'installe rapidement dans les bâtiments de l'ancienne filature de laine et les machines utilisent la force hydraulique de la grande roue. Il est cependant possible que dans le même temps, la construction de nouveaux ateliers en rez-de-chaussée avec toiture de sheds soit entreprise. Cette phase correspondrait à la série de sept travées en sheds, plus étroites que les suivantes, supportées par de nombreuses colonnes en fonte reliées entre elles par des tirants métalliques.

Mais en 1867, les bâtiments construits précédemment sont insuffisants. Face au besoin croissant de fil et à la difficulté d'obtenir une qualité de fil adaptée au tissage mécanique, Saint Frères décide de créer sa propre filature, qui sera combinée aux ateliers de tissage existants. Les ateliers en sheds sont alors agrandis, mais avec un type de supports différents qui permet un plus grand espacement. L'ensemble forme un vaste atelier de plus de 9000 m carrés. A l'avant, au nord, est construit une salle des machines avec chaufferie et cheminée ainsi que des magasins à fils, qui, comme l'ancien atelier de mouillage, à l'est, présentent la particularité de recevoir une toiture bombée éclairée par une série de puits de lumière circulaires. Ce chantier important entamé, en 1867 n'est achevé qu'en 1870, comme l'indique la date située au sommet de l'entrée de la filature. Les machines sont mises en service en septembre 1870. Mais ces investissements s'avèrent rapidement insuffisants et, en 1880, de nouveaux agrandissements sont encore engagés à l'ouest. En vingt ans la surface industrielle passe ainsi de 84 ares au début, à 9 ha en 1882. D'autres ateliers sont encore construits en 1898 et l'année suivante Saint Frères fait aménager un réfectoire de 320 m carrés pour 450 places.

De la crise à la fermeture du site

Après les restructurations qui marquent l'empire Saint Frères à partir de 1969, l'usine d'Harondel cesse son activité en 1980. Les bâtiments sont occupés à partir de 1984 par l'usine de meubles Sièges de France, propriété du groupe Parisot. La Manufacture française des sièges est rachetée en 2007 par une dizaine de cadres, mais l'usine est fermée le 28 avril 2009 et placée en liquidation judiciaire le 28 juillet 2009.

Équipement et machines

En 1861, le tissage de jute fonctionne grâce à l'énergie apportée par une grande roue hydraulique, complétée en 1867 par l'installation d'une machine à vapeur, mise en service en 1868, au moment où l'usine est reliée par voie ferrée. En 1870, la filature et le tissage fonctionnent avec une force motrice partagée entre les roues hydrauliques qui développent une puissance de 20 cv, et une machine à vapeur de 15 cv.

A lui seul, le tissage compte 340 métiers à tisser. En 1894, l'équipement de l'usine est complété par 30 pareuses cylindriques à vapeur, dont 12 construites directement par Saint Frères ; les autres provenant de constructeurs anglais. L'usage de la vapeur est maintenu jusqu'aux années 1960. Elle est remplacée par l'électricité fournie par l' usine Saint Frères de Saint-Ouen.

Approche sociale et évolution des effectifs

Au début de l'activité Saint Frères, 286 ouvriers travaillent sur le site d'Harondel. Cinq ans après, en 1870, 70 personnes supplémentaires travaillent dans l'usine qui atteint alors 346 ouvriers, dont 16 enfants. L'accroissement le plus spectaculaire a lieu au cours de la décennie suivante. L'usine d'Harondel emploie 1300 ouvriers (750 employés pour la filature ; 550 pour le tissage) en 1880, tend à se stabiliser jusqu'en 1885 (1265 employés en 1885 ; 1309 en 1888) pour croitre à nouveau à la fin du 19e siècle et dépasser les 1800 salariés en 1898. Au cours des grands mouvements sociaux qui affecte l'industrie textile du département, l'usine d'Harondel est quasiment épargnée. En revanche, le 2 février 1910, l'usine est le théâtre d'une révolte spectaculaire, au cours de laquelle plusieurs ouvriers saccagent une grande partie de l'usine. Le montant des dégâts est estimé à 100000 francs. Après l'arrestation rapide des émeutiers, et l'exclusion de 162 ouvriers, l'usine est rapidement réparée et la production est relancée le 9 février 1910. Cet événement demeure néanmoins l'un des plus importants de l'histoire sociale de l'entreprise Saint Frères. En 1930, au moment des grèves de l'été, contre l'application de la loi relative aux assurances sociales qui prévoit une contribution ouvrière égale à la contribution patronale, l'effectif de l'usine est de 1315 salariés. En 1939, l'effectif de l'usine est de 1500 personnes travaillant en deux équipes, entre 5 h et 21 h. En 1962, la statistique industrielle classe l'usine dans la catégorie des établissements de moins de 500 salariés. En 1989, l'usine ne compte plus que 400 salariés.

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