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Inventaire général du patrimoine culturel en Picardie

l'Inventaire général du Patrimoine culturel de Picardie recense, étudie et fait connaître le patrimoine urbanistique, architectural et mobilier.

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Les Rencontres du patrimoine en Picardie : la recherche dans tous ses états

Retour sur la journée du 13 octobre 2015 : publication des Actes, reportage photos

 

 

Le cimetière de la Madeleine (Amiens)

Mise en ligne du premier lot du recensement du cimetière de la Madeleine :

plaines A à K (emprise du cimetière 1817-1828), soit 531 dossiers.

Les plaines L à O (première extension du cimetière en 1828) et les plaines P et S (seconde extension en 1873), ainsi que trois dossiers de synthèse sur les monuments et le décor, seront mis en ligne en 2016.

Pour en savoir plus, voir le dossier de présentation ou les conditions d'enquête.

 

Lumière sur

L'habitat ouvrier du Val de Nièvre (dossier thématique)

La création et le développement des trois premières usines Saint Frères, qui font appel à une importante main d’œuvre venue le plus souvent des campagnes environnantes, a nécessité dès les années 1860 la construction de logements locatifs afin de fixer les ouvriers à proximité de l'outil de travail.

Du promoteur à l'industriel

Si la construction de logements ouvriers proches des usines s'inscrit dans la tradition du paternalisme industriel de la seconde moitié du 19e siècle, elle répond avant tout à des impératifs économiques, la productivité des divers ateliers étant directement liée à la capacité de logements des ouvriers. Paradoxalement, les premières constructions de logements ouvriers liés à l'implantation d'usines ne sont pas à l'initiative des frères Saint, mais de promoteurs locaux. A Flixecourt, François Bourdeux, en 1859, et Joseph Duboisle, en 1860, sont les premiers a faire construire de petits ensembles de six à huit maisons mitoyennes, assez modestes, rue François-Ceylan et le long de la route nationale, en contrebas du premier tissage mécanique de jute. Ce phénomène souligne le fait que l'entreprise a d'abord recours à une main d’œuvre déjà établie dans la commune et n'a pas besoin de la faire venir des villages environnants. Par ailleurs, l'implantation de la première usine en 1857 ne supprime pas le travail à domicile, encore très important.

Cependant, à partir de la création de la troisième usine, en 1864, à Saint-Ouen, Saint Frères prend le relai des premières initiatives privées pour favoriser l'afflux d'ouvriers des villages environnants et les fixer à proximité de l'usine. Entre 1861 et 1866, le village de Saint-Ouen passe ainsi de 696 habitants à 1076. En 1864, en même temps que l'usine se construit, l'entreprise fait bâtir les premières maisons de la cité Saint-André à destination des contremaîtres. Il réserve ensuite les cités Saint-Pierre (1873-1878), Saint-Jean (1873-1874) puis Saint Jules (à partir de 1882) aux ouvriers. Avant 1880, selon les chiffres avancés par l'entreprise elle même, Saint Frères aurait fait construire 133 maisons. Cette première phase aurait été complétée de 82 autres logements construits entre 1881 et 1885.

Durant les deux dernières décennies du 19e siècle, cette politique du logement s'accélère, avec notamment la cité des Moulins-Bleus à l'Etoile et la cité Saint-Charles, entre Berteaucourt et Saint-Léger-les-Domart. En 1888, l'entreprise possède 453 logements dans lesquels vivent près de 2000 personnes, soit en moyenne 28 % du personnel. Cette proportion atteint même 55% de la population de l'Etoile, et 78 % de celle de Saint-Ouen. A l'inverse, à Flixecourt, seul 15 % du personnel est logé par l'entreprise. En 1900, on dénombre 517 maisons ouvrières Saint Frères. Le développement massif de ces cités ne supprime toutefois pas les initiatives d'autres opérateurs privés, cadres ou contremaitres de l'entreprise, comme pour la cité Poret à Flixecourt, ou cultivateurs, à l'image de Napoléon Sainte qui fait construire une petite cité de dix logements à Ville-le-Marclet en 1887 ou de Binet-Flandre, propriétaire d'une cité de vingt-six logements, construite en 1892 à proximité de l'usine d'Harondel.

Entre 1901 et 1920, les sources ne sont pas unanimes sur le nombre exact de logements construits durant cette période. La monographie de l'entreprise datant de 1911 en recense 1151 à cette époque, qui se répartissent de la manière suivante :

Localité

Nombre de maisons

Observations

Abbeville

23

Beauval

100

Berteaucourt-les-Dames (Harondel)

127

Doullens

27

l'Etoile (Moulins-Bleus)

184

Flixecourt

206*

* Non compris un nouveau groupe

de maisons actuellement en construction.

Gamaches

40

Pont-Remy

139

Saint-Ouen

305**

** Non compris un groupe de

31 maisons en cours de construction.

TOTAL

1151

Les logements ouvriers Saint Frères. Extrait de la monographie de la Maison Saint Frères, 1911. p .16

D'autres données évoquent la construction de 487 autres logements, portant à 1001 logements : Les principales cités sont la cité Saint-Gaston (1909), celle du Grand-Vivier, un peu plus tardive, à Flixecourt, ou encore la cité Saint-Jacques (1913) à Saint-Ouen, les cités des Vingt-et-un ou les cités Neuves à L’Étoile. Bien que suivant des dispositions proches des premiers modèles, ils s'en distinguent par la forme des lucarnes éclairant les chambres ainsi que par leur surface plus importante.

Un modèle rationalisé

Toutes les maisons construites entre 1878 et 1912, suivent un plan rationnel dessiné par l'ingénieur Abel Caron, chef du service des constructions de l'entreprise. Elles sont construites par séries de quatre, de six ou de douze, selon les disponibilités foncières et financières et forment des cités ouvrières où six modèles (types A à F) très proches sont déclinés. Il en ressort une grande homogénéité architecturale, en dépit de dates qui peuvent s'étendre à plus d'une dizaine d'années pour une même cité. Chaque habitation comprend deux pièces au rez-de-chaussée (salle et cuisine) et deux chambres pièces à l'étage (qui, selon le type, est un étage carré ou un étage de comble). La cour arrière, qui comprend également une buanderie, un bûcher et des lieux d'aisance, est souvent prolongée par un jardin.

Enfin, la dénomination des cités joue de l’ambiguïté du patronyme de la famille, marquée par un esprit paternaliste et catholique : Saint-Jean, Saint Pierre, Saint Charles ou Saint Jules, et plus tard Saint Guillaume, Saint Maurice ou Saint Gaston sont autant de références aux membres de la famille entrepreneuriale.

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